Situation.
Le vallon de l’Homme Mort est situé au sud-est de Belcodène, en limite avec les communes de Peynier et de La Bouilladisse.
Son traçé est aujourd'hui en partie occupé par la RD45E. Mais il a toujours été utilisé comme voie de communication entre le plateau de Belcodène
et la plaine de La Bouilladisse. Selon Gérin-Ricard, il y passait une route antique reliant Roquevaire et Saint-Jean de Garguier à Trets.
Une belle histoire...
En 1895, Ferdinand GAS, un journaliste qui signait ses chroniques régionales dans le Petit Provençal du pseudonyme "Nandyfer", nous raconte une belle histoire sur l'origine de ce nom de l'Homme-Mort.
A travers La Provence
Le chemin de l'Homme MortAprès avoir suivi sur une longueur de cinq cent mètres environ, la route de Toulon à Aix, près de Belcodène, se détache, à droite, et près du torrent de la Badarusse, le Chemin de l'Homme Mort. Les gens du pays ignorent généralement l'origine de cette appellation funèbre et même ils rient lorsque, le soir, à la veillée, en face des sarments qui flambent, ils parlent de ce chemin. La voici : elle est naïve comme une idyle et triste comme une élégie.
Vers 1760, vivait à Belcodène, un homme jeune encore et qui, arrivé dans le pays, venant de Toulon, fut employé aux vendanges par un sieur Carteirade, le plus riche viticulteur de la contrée. Cet homme fut vite connu à Belcodène sous la désignation de l'«Ebêta», parcequ'il avait l'habitude de parler seul, de rire seul, et aussi parcequ'on ne savait pas son veritable nom. On le sut plus tard. Il s'appelait Franceset et il était originaire d'Olioules.
Après les vendanges, Franceset fut employé à la ceuillette des olives, qui a lieu en octobre. Aux raisins comme aux olives, il avait eu tout le temps à son côté, hélas, cueillant comme lui, les beaux fruits vermeils et verts, la fille de Carteirade, la gracieuse Madonette. Il s'interrompait quelquefois et se dressait, non pour reprendre haleine, mais pour envelopper à la dérobée d'un regard de flamme la jeune fille, dont la taille, à la fois svelte et forte, les yeux d'un bleu éthéré et la chevelure flottante au gré du vent qui s'en venait du côté de la Sainte Baume, eussent tenté, à défaut de Mireille, la lyre de Mistral.
Pauvre Franceset !
Après ce regard furtif, où il mettait toute sa pauvre âme, Franceset se recourbait à l'ouvrage avec un soupir à fendre celle de l'arbre qu'il dépouillait. Il s'était mis à aimer la fille de son maître avec toute la force d'un cœur ardent et simple, et qui sait si ce ne fut pas à partir de ce moment, qu'il se mit à parler seul... Car enfin, on n'était pas bien sûr qu'il fût arrivé dans le pays, en vérité, avec cette manie du soliloque. Madonette, elle, ne s'apercevait de rien, ou feignait de ne rien voir, et sa douce voix, plus douce que la bise chantant dans les pins voisins, roucoulait, entre temps, cet air d'une ancienne pastorale ;
Révillas-vous, bergers d'aqueou villagi,
Révillas-vous per faïre lou vouiagi
De Bethleem,
De Bethleem !Infortuné Franceset ! Heureuse Madonette ! Lui trente ans, elle quinze... Elle riche; lui pauvre ; elle belle, lui pas trop joli, ma foi ! Pourquoi était-il venu dans ce maudit village de Belcodène, s'y mettre à parler seul et s'y faire appeler l'Ebêta ? Pourquoi était-il venu au pays de Madonette, qui avait pour père l'opulent Carteirade, homme qui comptait bien be donner sa fille qu'à un gars solide de tête et ayant pignon sur rue, vignoble et champ de blé, et au moins trois coupes de foin ! Et d'ailleurs Madonette avait déjà jeté son dévolu sur Pierre Lamfrogny qui possédait outre «uno poulido figuro», tout ce que Carteirade exigeait.
Infortuné Franceset !
La cueillette des olives terminée, il dut songer à quitter Belcodène, maître Carteirade, du reste, le lui ayant dit en lui donnant ses sols et une petite couffe de figues sèches, pour parer à tout hasard, aux éventualités.
— Et bon voyage, Franceset, et au revoir en septembre si tu repasses par ici...
En sortant du village, il murmura: — Ni l'an qué ven ni l'aoutré ! Et des gamins qui rentraient, l'ayant entendu, se dirent en riant : — Vé, l'Ebêta que parl'enca soulet ! Et il se mirent à courir en criant : — Oou ! Franceset l'Ebêta ! Et ils racontèrent aux leurs qu'ils avaient rencontré Franceset et qu'il parlait seul plus que jamais.
Le lendemain matin, des paysans qui s'en allaient aux champs trouvrent sur le chemin, près du torrentde la Badarusse, le cadavre de Franceset, et à côté du cadavre, tracé dans la poussière du chemin, ce nom : Madonette.
Source : Le Petit Provençal du 28 janvier 1895. (Retronews / BnF)
mais...
Cette belle histoire, ne semble pourtant pas très véridique.
D'abord parceque les noms des divers personnages ne correspondent à personne de connu à Belcodène : pas de Maître Carteirade, ni de Pierre Lamfrogny dans les registres !
Ensuite, et surtout, parceque l'on sait que le terme d'Homme-Mort donné à ce vallon, existait bien avant la mésaventure du pauvre Francenet. Il est cité dans un document datant de 1255 !
"... et de la Pinede jusqu'au Rabacenas et de là selon qu'on va aux Bulcodinas et du château de Bulcodens jusqu'aux plans de l'Homme-Mort et en suivant l'eau vers le nord et vers le sud sur le vallon qui sépare les territoires du château de Bulcoduns et de Puy noir, vallon qui est nommé vallon de l'Homme-Mort, et selon qu'on suit depuis les dits plans vers la olline de Luba et de cette dite colline jusqu'à pied du vallon de Valveine..."