Belcodene : Les à-côtés : Le Trésor d'Auriol


Auriol et Belcodène furent deux villages très liés tout au long de leur histoire. Comment ne pas évoquer ici l'histoire de son "trésor".

La Découverte

Au milieu du 19ème siècle, un cultivateur Auriolais, Monsieur Aubert, possédant un verger d'oliviers au lieu-dit "les Barres", venait, à chaque labour, buter contre une grosse pierre plate. En février 1867, il décida donc avec son fils, de la déterrer pour ne plus être géné. En enlevant cette pierre, ils trouvèrent un vase en argile grise, planté dans le sol et brisé sans doute par le poids de la dalle. Ce vase contenait plus de 2000 petites pièces d'argent. Cet ensemble est aujourd'hui connu sous le nom de "Trésor d'Auriol".


Oliveraie où fut découvert le trésor.

Ce qui reste du vase est aujourd'hui au musée de Saint-Germain-en-Laye.

Les suites

Conscient que sa découverte devait avoir un peu de valeur, le cultivateur s'adressa au bijoutier du village et essaya d'en négocier l'échange contre une montre en or. Le bijoutier ne lui proposa qu'une montre en argent et l'affaire ne se fit pas. C'est sans doute ce qui sauva ce trésor de la fonte pure et simple. Il décida donc ensuite de s'adresser à l'Abbé Bargès, pour lui demander son appui et ses conseils. Bien évidemment, son but était de tirer le maximum de profit de sa découverte. L'abbé Bargès dans un article publié le 6 juillet dans la presse, déclarait :

  "....Le cultivateur qui a eu la bonne fortune de faire cette trouvaille ne se doutait guère jusque-là du trésor que renfermait son petit coin de terre ; il se promet d'en tirer le meilleur parti possible. Avis aux amateurs qui auraient envie de faire l'acquisition de ces antiquités en tout ou en partie."

Averti de la trouvaille par le maire d'Auriol, le préfet des Bouches-du-Rhône, dépêcha sur place Louis Blancard, archiviste du département à la préfecture, et Joseph Laugier, conservateur du Cabinet des Monnaies et Médailles, pour les compter, les peser et en faire un choix. Dès le 1er Mars, celui-ci faisait paraître dans la Tribune artistique et littéraire du Midi, un compte-rendu de la découverte, sous la rubrique Variétés scientifiques.


Louis Blancard

Joseph François Laugier

Le trésor éparpillé

La nouvelle de la vente de ces "médailles" se propageat rapidement. M. de Saulcy, sénateur et numismate, envoya sur place M. Charvet, le chargeant de négocier l'achat de 100 pièces pour la somme de 500 francs. M. Aubert demanda huit jours de réflexion. Contrarié, le sénateur borna sa demande à 30 pièces, mais, désireux d'acquérir le trésor entier, il offrit d'acheter le lot complet à 1 franc la pièce, soit 2.137 francs. L'abbé Bargès signale que ce dernier fit finalement l'achat de 1.184 pièces, soit plus de la moitié du trésor.
Pourtant, dans son rapport, Louis Blancard note :

  "....La plus belle partie de ce trésor a été divisée entre le cabinet de Marseille, les cabinets de Paris et de Lyon, le musée de Saint-Germain, le British museum, les médaillers de MM. de Saulcy, de Clapiers, Lecomte, Blancard, etc., le solde fut dispersé en France et à l'étranger."

On doit en déduire que M. de Saulcy rétrocéda une partie des pièces acquises à d'autres postulants.
Gérant au mieux les intérêts de son compatriote, l'abbé Bargès nota précieusement les cessions pour lesquelles il servit d'intermédiaire :

  " J'ai vendu à M. Paulin, de Paris, deux médailles d'un type commun à 5 francs la pièce ; en arrivant à la Capitale, j'ai cédé une vingtaine de pièces à un amateur, au prix de 1 franc la pièce, ces médailles étant des plus communes; j'ai vendu à la ville de Marseille une pièce fort grande, frappée des deux côtés, représentant une tête de lion et une tête humaine ; je l'ai cédée au prix de 80 francs. J'ai vendu une médaille à M. de S.., au prix de 100 francs..."

Louis Blancard estima que la découverte du trésor avait rapporté à son inventeur environ 10.000 francs.

Les monnaies

Les monnaies composant ce "trésor d'Auriol", émises à Marseille vers 500 avant J.C., constituent le premier monnayage de France. Elles sont toutes en argent et anépigraphes, c'est à dire qu'elles ne comportent aucune inscriptions. Pour la plupart elles présentent des dessins variés sur l'avers et une marque en creux de forme carrée sur le revers. En réalité, ce "carré creux" comme on l'appele communément, est composé de quatre carrés en croix plus ou moins profondément marqués, et qui prennent parfois l'apparence "d'ailes de moulin".

Selon Louis Blancard, les dessins de l'avers, inspirés des monnaies d'Asie Mineure, représentent les emblèmes des citées d'origine
- La tête de Bélier pour Clazomène (Ionie) ou Cebrenia,
- La tête de Lion pour Cysique,
- La tête de Chien pour Colophon,
- La tête de Griffon pour Téos ou Phocée,
- La tête de Nègre pour Antissa de Lesbos,
- Le Masque à Abydos,
- etc..

Ces monnaies constituent le premier monnayage Massaliote, et furent frappées, entre 525 et 470 avant Jésus-Christ.

Poids des pièces

Les monnaies du trésor d'Auriol appartiennent à deux étalons monétaires :
- L'étalon "Phocaïque" (de Phocée, en Grèce), dont l'obole pèse 0,88 grammes en moyenne.
- L'étalon "Milésiaque" (de Milet, en Asie Mineure), dont l'obole pèse 1,12 grammes en moyenne.
Ce qui donne pour les différentes valeurs suivant l'étalon :

Nom Fraction d'obole Etalon Phocaïque Etalon Milésiaque
Hémitétartémorion 1/8 == 0,14 gr
Tétartémorion 1/4 0,22 gr 0,28 gr
Hémiobole 1/2 0,44 gr 0,56 gr
Tritartémorion 3/4 0,66 gr 0,84 gr
Obole 1 0,88 gr 1,12 gr
Trihémiobole 1 1/2 1,32 gr ==
Diobole 2 1,76 gr ==
Hémidrachme 3 2,76 gr ==

Rappel : Une obole = 1/6 de drachme.

Quelques exemples

Groupe Q :
Tête de Bélier à droite
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( Collection Max Derouen )
Groupe U :
Protome de Lion mangeant sa proie
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( Collection Max Derouen )
Groupe R :
Tête de Sanglier à droite
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( Collection privée )
Groupe F :
Tête féminine coiffée d'un bonnet orné de perles.
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( Collection privée )
Groupe A :
Protome de Pégase à droite
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( Collection privée )
Groupe C :
Tête d'Apollon au crobylos
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( Collection privée )



© Max Derouen