Belcodene : Encyclopédie communale : Les Seigneurs.


Il était de règle, au moyen âge, que les villages et les terrains des communes fussent aux mains d'une seule famille, parfois de deux. Ces seigneurs, qui appartenaient généralement à de grandes et anciennes lignées, possédaient très souvent plusieurs villages, généralement situés dans la même zone géographique. Belcodène ne fit, évidemment, pas exception à cette règle et passa, au fil des unions et des héritages aux mains de plusieurs familles dont certaines parmi les plus puissantes.


Les Vicomtes de Marseille

On sait qu'en 948, l'empereur germanique Conrad, nouveau suzerain de Provence, installa trois comtes sur ses terres, un à Apt, un en Avignon et un à Arles. Puis, en dessous d'eux, Conrad installa deux vicomtes pour les seconder, Nivion à Cavaillon et Arlulfe à Marseille. Arlulfe est à l'origine de la dynastie vicomtale de Marseille . Il est seigneur de Trets. La participation du fils d'Arlulfe, Guillaume, à la campagne de Guillaume le Libérateur, premier comte de Provence, contre les Sarrasins installés dans le Var, fit la fortune de sa famille.

  • Au Xe siècle, Belcodène appartenait en entier aux deux fils d'Arlulfe, Guillaume Ier , vicomte de Marseille , et son frère Aicard.

  • Aicard disposa de sa part en faveur de l'abbaye de Montmajour vers 1008.

  • La part de Guillaume Ier, elle, passa par moitié à son fils Foulque (mari d'Odile) et à sa femme Bilielde (ou Bililde), qui en disposèrent par donation en faveur de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. La donation de Foulques et d'Odile résulte d'une charte donnée le 19 juin 1020 au château de Fos, confirmée en 1040 et 1044 ; celle de Bililde est du 13 décembre 1010 . Montmajour et Saint-Victor possédèrent donc par moitié le fief de Belcodène dès le commencement du onzième siècle ;

  • L'abbaye de Montmajour du céder peu après sa part (sauf cependant ses droits sur l'église et quelques dépendances) à un seigneur, qui porte le nom d'Aymar de Belcodène et figure comme témoin dans trois charte de 1037 et 1057, relative à des donations à Saint-Victor, de terres et de la juridiction de Saint-Julien près de Fréjus.

  • En 1093, Pons Maunier (Marie de Salomée et père de Guillaume et de Foulques), fils de Guillaume III le Jeune, vicomte de Marseille, possédait des biens à Belcodène et des droits sur le château ; il les donna ainsi que sa part du château d'Ollières à Saint-Victor, le 22 octobre de la même année . Ce ne pouvait être là que la partie cédée par Aycard à Montmajour, car Saint-Victor continuait à posséder l'autre moitié de Belcodène, lorsque la donation de Maunier vint réunir entre les mains de l'abbaye marseillaise la totalité de l'ancien fief des vicomtes.

  • L'abbé de Saint-Victor, Guillaume, surnommé Pierre, rétrocéda à Hugues Geoffroy II, (Hugues Gaufred) , vicomte de Marseille, seigneur de Trets, fils de Raymond Geoffroy et descendant de Guillaume Ier, vicomte de Marseille, une grande partie de Belcodène. On voit que, grâce aux donations faites précédemment par la famille des vicomtes, le monastère possédait presque entièrement la territoire de Belcodène, puisqu'il est dit dans la charte que l'abbé susnommé cède au fils du vicomte, en échange de certains autres biens, la tierce portion du territoire, en se réservant toutefois les droits de l'église, les dîmes et les redevances provenant des terres qui dépendaient de cette paroisse .. Cette transaction qui porte aussi sur les seigneuries de Ollières , Pourcieux, et Six-fours, est datée de 1156 et fut passée en présence de Raymond Bérenger, comte de Barcelone. Hugues Geoffroy II mourut en 1170, laissant de sa femme Cécile cinq fils qui se partagèrent la vicomté de Marseille, dont :

  • Raymond Geoffroy II, surnommé Barral, quatrième fils de Hugues Geoffroy II et de Cécile, recueillit Belcodène dans l'héritage de son père. Marié à Marquise Exmile (ou Ixmille) il le transmit, par leur premier fils Burgondion Ier, à une branche qui porta un différemment les noms de Puyloubier et de Roquefeuil (fief de la vallée de Trets ). Son deuxième fils, Geoffroi, nommé Reforciat, ne laissa qu'une fille, Sybille, qui n'ayant pas eu d'enfant, termina cette deuxième branche.


  • La famille de Roquefeuil
  • Burgondion I, seigneur de Trets et d'Ollières. D'un premier mariage avec Alazazie il eut un fils : Raymond de Roquefeuil, seigneur de Puyloubier. celui-ci fut l'arrière-grand-père d'Isnard de Roquefeuil que nous retrouvons plus bas. D'un second mariage avec Mabille d'Agoult de Pontèves, dame de Mazaugues, il eut 8 enfants dont :

  • Raymond Geoffroy, seigneur de Rosset et de Bulcodènes, fils de Burgondion I et donc petit-fils de Raymond Geoffroy II . Il se fit religieux de Saint Benoît et se rendit si recommandable par ses vertus, qu'on l'élut général des frères mineurs, au chapitre tenu à Riéti, en 1289, en présence du pape Nicolas IV. Il refusa l'évêché de Padoue, qui lui fut offert.

  • Jacques de Roquefeuil, seigneur de Belcodène.

  • En 1385, Isnard ou Isoard de Roquefeuil, seigneur de Puyloubier. Il préta hommage à la reine Marie, mère et tutrice de Louis II pour les trois quarts du château et du fief . Il épousa Catherine du Puget de Albanesio, dont il eut quatre filles : Sance et Philippine, religieuses à l'abbaye de la Celle, Béatrice et Isoarde que nous retrouvons plus loin.

  • En 1410, Catherine de Roquefeuil, épouse de Raymond-Bérenger, seigneur de Peyruis, sœur et héritière de Jacques de Roquefeuil ; elle prêta hommage à Louis II pour le château et pour le fief, ainsi que pour une maison qu'elle possédait à Fuveau en franc-alleu.


  • La famille de Sabran
  • En 1386, Isoarde, appelée aussi Darde de Roquefeuil, dame de Puyloubier et de Belcodène ; elle apporta par son mariage ces seigneuries à Jean de Sabran baron d'Ansouis, seigneur de la Tour d'Aygues et Peypin, grand chambellan de la reine Jeanne, fils de Guillaume, comte d'Ariano et neveu germain de S. Elzéar de Sabran.

  • Leur fils, Elzéar de Sabran, qui épousa vers 1389 Baucette de Blacas, fille d'Albert, seigneur d'Aups et de Marguerite des Baux, dame de Beaudinar et d'Eyguières, prêta hommage au comte de Provence en 1386 et 1399 pour Ansouis, Cadenet, la Motte-d'Aygues et Peypin, puis en 1432 pour Puyloubier, qu'il vendit à Jean Martin.

  • Nous n'avons pas la preuve que les fils d'Elzéar, Jean-Louis et Albert, aient possédé Belcodène ; mais cela est d'autant plus probable que nous ne trouvons aucun autre seigneur de ce lieu à intercaler entre Elzéar et son parent Gauchier dont nous allons parler et qui n'apparaît qu'en 1480.

  • Gaucher de Sabran-Forcalquier, (Gaucherius de Forcalquerio), évêque de Gap, depuis 1442, et Baron de Cereste ; figure comme seigneur de Belcodène dans deux actes, le premier daté du 20 janvier 1481, l'autre daté du 10 juin 1484.Il était fils de Raymond et d'Angélique de Brancas et arrière-petit-fils de Guillaume de Sabran, qui fut comte souverain de Provence vers 1220. Dans l'acte de 1484, il se fait représenter par son neveu et procureur Georges, évêque de Castellane et seigneur de Montmeillan. Nous savons encore qu'il fit le dénombrement de sa terre de Belcodène les 20 octobre 1480 et 21 décembre 1482 ; mais nous n'avons pu parvenir à savoir si les Sabran de Forcalquier remplacèrent à Belcodène les Sabran d'Ansouis par voie d'achat ou de succession collatérale. Quoi qu'il en soit, Gauchier de Sabran laissa ce fief et celui de Cereste à son neveu à la mode de Bretagne :

  • Blason des Sabran
    "Armorial de la ville de Marseille" (1864)

    La famille de Brancas
  • Gauchier II de Brancas qui porta lui même les titres de chambellan du roi Louis XII, de seigneur d'Apt, d'Oise, de Beaumont, de Tailhades etc. ; il reçut une reconnaissance pour Belcodène en 1515 et testa en 1545, laissant d'Isabelle de Montauban, qu'il avait épousé en 1501 :

  • Gaspard de Brancas, baron de Cereste, etc. marié en 1534 à Françoise d'Ancenuze-Caderousse, d'où :

  • Jean de Brancas, (Jehan de Brancassys), baron de Cereste, Vitrolles, Villeneuve, etc. Comme seigneur de Belcodène, il se fit représenter par Aymon de Brancas, seigneur d'Oise, dans une reconnaissance reçue par le notaire Pierre Dollon, le 27 mars 1550 : Jean servit dans les armées et se distingua notamment au siège de Vinon, à la suite duquel Henri IV lui fit présent de son épée. De son union contractée en 1563 avec Camille de Grimaldi, des prionces d'Antibes et de Monaco, il laissa :

  • Henri de Brancas, baron de Cereste, marié à Renée d'Oraison-Boulbon en 1603. Il vendit vers cette époque, c'est à dire entre 1600 et 1603, sa seigneurie de Belcodène à :


  • La famille d'Hermitte
  • Antoine d'Hermitte. La chevalerie avait fait son temps et cédait à prix d'argent ses terres familiales à des bourgeois, de récents anoblis, des familles de robe ou des négociants heureux dans leur commerce avec le Levant. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, les mutations de ce genre furent nombreuses dans les environs de Marseille. Peypin et la Destrousse étaient aux de Cassin (famille consulaire de Marseille), Saint-Savournin aux Cypriani (négociants), Fuveau aux de Mathieu (négociants et magistrats), etc. Ces nouveaux seigneurs considéraient leurs fiefs non seulement comme terre de rapport, mais ils en jouissaient aussi comme campagne d'agrément et y séjournaient quelques mois de l'été. C'est à cette époque que le représentant de la maison, plus tard ducale, de Brancas fut remplacé à Belcodène par Antoine d'Hermitte. Celui-ci porte dans les actes le titre modeste d'écuyer de la ville de Marseille ; il était fils de François, qui fut consul de Marseille en 1541 et 1561, et de Jeanne Matheï, de Pertuis ; les manants de Belcodène passèrent reconnaissance en sa faveur, le 7 septembre 1603, et nous le trouvons cité dans divers actes notariés de 1611 et du 27 septembre 1614 . En 1607, il rendit hommage au roi pour le lieu, terroir et juridiction de Belcodène . Ce seigneur avait été dans sa jeunesse gouverneur du château de Cassis, où il commandait en 1589 une garnison d'infanterie levée par lui sur ordre du gouverneur de Provence, M. de la Valette. Il eut pour successeur :

  • Charles d'Hermitte (fils du précédent et de Françoise de Gérenton), que nous trouvons qualifié seigneur de Belcodène de 1622 à 1670. Il vivait encore en 1688 , mais avait remis son fief dès 1670 à son fils qui suit et qui naquit de son union avec Françoise Vento de la Baume. En 1624, Charles d'Hermitte avait des comptoirs à Alep et dans d'autres Echelles du Levant.

  • Nicolas d'Hermitte est signalé comme seigneur de Belcodène dans un acte de reconnaissance, daté du 6 août 1670 ; il était en possession du titre de coseigneur de Fuveau depuis 1654, époque à laquelle il avait épousé Anne Marguerite de Montolieu, dame en partie de Fuveau, dont le territoire est limitrophe de celui de Belcodène. Dans son contrat de mariage, il prend la qualité de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Nicolas habitait Auriol en 1703 et y mourut en 1721. Peu de temps avant sa mort, il avait prêté hommage au roi pour ses deux seigneuries dont il avait déjà fait le dénombrement le 28 janvier 1702 . Anne Marguerite décède le 27 Août 1716 . Avec Nicolas s'éteignirent les d'Hermitte de Belcodène..

  • Blason de Nicolas d'Hermite
    (reconstitution)
    "D'azur, à un pélican avec sa piété
    d'or, ensanglantée de gueule;"
    "Armorial de la ville de Marseille" (1864)

    La famille Fortia de Piles
  • Anne Fortia de Piles, marquise d'Olières, de la maison des ducs d'Urban, nièce de Nicolas d'Hermitte, hérita des seigneuries de Belcodène et de Fuveau suivant testament du 21 mars 1721 (notaire Maure) ; elle était épouse libre et en ses biens de noble messire Gaspard d'Agoult, chevalier, marquis d'Olières, qu'elle avait épousé par contrat du 18 octobre 1713 (notaire Reynier) et dont elle était veuve en 1725. On retrouve son nom comme propriétaire de Belcodène dans les états d'afflorinement de 1747. Elle mourut à Auriol le 22 avril 1767, à l'âge de 85 ans, laissant ses fiefs dont elle avait fait le dénombrement le 15 octobre 1728 , à son gendre :


  • La famille de Cabre
  • Jean Baptiste de Cabre-Roquevaire, chevalier, président à mortier au parlement, qui avait épousé Anne-Geneviève-Bonne d'Agoult, probablement la fille de la marquise d'Ollières ; il mourut à la Pomme, le 24 novembre 1774, à l'âge de 71 ans, laissant pour son fils :

  • François-Marie-Jean-Baptiste, appelé le marquis de Cabre, qui fut aussi président au parlement et épousa, vers 1770, Anne-Reine-Nicole Le Camus ; il fut le dernier seigneur de Belcodène.

  • François Marie Jean Baptiste
    De Cabre.


  • Son fils Jean-Baptiste-Emile, recouvra sous la Restauration ses biens de Belcodène, qui ne comprenaient pas moins de 300 hectares de superficie : il les conserva jusqu'en 1847 et fut le dernier mâle de sa race.

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    Seytres-Caumont
  • L'ancien domaine seigneurial de Belcodène, qui semble avoir eu le privilège intermittent d'appartenir à des familles ducales, fut acquis vers 1850 par la duchesse de Seytres-Caumont, née de Bruny de la Tour d'Aigues.



  • © Max Derouen