Belcodene : Encyclopédie communale : La Mine du Rocher Bleu.


Le territoire de la commune de Belcodène fur percé de nombreux puits de mines de toutes tailles et importances.
Mais le plus important de tous fut, sans conteste, le puits vertical n° 15 dit " Le Rocher Bleu".
Il devait sont nom à une couche de pierre bleue, très fréquente dans les mines de la région.

La Mine.

Cette mine fut tout d'abord exploité par les de Cabre propriétaires de la concession. Le 13 août 1829 le sieur Estienne écrivait au Marquis de Cabre :

Si vous en rapelle, dans un temps nous avions fait pousser un moulière au plus haut trou de la Grande Mine du Rocher Bleu; à présent et depuis hier nous en faisont pousser une autre à la même Grande Mine et aux frais des ouvriers pour avoir communication d'air.
Je pense que dans huit jours on sera au bout et l'on fera du charbon à cette dite Grande Mine. Il y avait le mouquet à cette mine mais hier monsieur Hilaire et moi nous y avons été et par le moyen du feu nous avons chassé le mouquet....

Plan de la mine dressé en 1821 :



Bouches du Rhone

Concession Gréasque et Belcodène
Mine du Rocher Bleu


Projections

Horizontale et Verticale

des travaux exécutés sur la couche des 4 pans, depuis environ
deux ans, à l'aide des puits a,a, et b,b, ce dernier,
sert maintenant de puits d'air.



Explication des couleurs :




Levé à Fuveau le 14 juin 1821.

Ce puits fut repris en 1839 par Messieurs Michel, Armand et Cie qui avaient fait l'acquisition, en 1838 des droits de Mme de Cabre dans cette concession. C'est à ce moment qu'il fut désigné sous le nom de "Puits n° 15" tout en gardant celui de "Rocher Bleu".
Destiné à l'exploitation des trois couches exploitables à un niveau bien inférieur à celui des tailles des anciens travaux, il recoupa la couche dite de "la grande mine" à 130 mètres de profondeur.

Sur une carte des mines de la concession, dessinée en 1838, l'emplacement de la mine du Rocher Bleu est simplement indiquée par la mention "Puits vertical" :


La machine à épuisement.

Mais ce qui fit la réputation de cette mine, fut l'installation des deux premières machines à vapeur de la région: l'une pour l'extraction, l'autre pour l'épuisement. En effet, ces mines étaient en permanence innondées par les eaux souterraines qui circulaient dans les nombreuses failles du plateau.
L'installation, en 1842, de cette machine à épuisement, fit l'objet d'un article de l'éminent M. de Montluisant dans le répertoire de la Société Statistique de Marseille, dont voici un extrait :

.... D'anciennes et nombreuses galeries de mine, à une profondeur de 130 mètres, étaient envahies par les eaux. Il fallait, pour les épuiser dans tous les temps, une puissance en rapport avec leur plus ou moins d'abondance.
A cet effet, on a fait usage d'une machine à vapeur, à haute pression, de cinq atmosphères, sortie des ateliers de M. JOHN TAYLOR et Cie dans le pays de Galles.
Cette machine a une force nominale minimum de 33 chevaux et maximum de 200. Elle se distingue par une course considérable donnée au piston moteur, lequel a 1m. 525 c. de diamètre, et monte de 3 m. 05 c. pour redescendre ensuite d'autant. Chaque course se fait en cinq ou six secondes, et l'on peut en obtenir à volonté depuis deux jusqu'à douze par minute. La longue durée de chaque course permet à la vapeur de développer et de continuer son action, et de réduire par conséquent les pertes considérables qui ont lieu à chaque temps d'arrêt du piston.
Il résulte de ce que nous venons de dire, que, lorsqu'on a beaucoup d'eau à épuiser, on produit une quantité suffisant de vapeur pour que le jeu de la machine soit continu et donne dix à douze coups de piston par minute, et que, lorsque la quantité d'eau diminue, on réduit proportionnellement la vapeur jusqu'à n'avoir que deux coups par minute. Pour obtenir cette intermittence, on a un cylindre creux et flotteur qui, en oscillant verticalement, ouvre et ferme alternativement les orifices par où la vapeur se rend dessus et dessous le piston, et ferme et ouvre en même temps ceux par où elle s'échappe pour arriver dans le réfrigérant. Le mouvement du flotteur est réglé à volonté par un mécanisme de détail qui, en ouvrant plus ou moins une issue à un approvisionnement d'eau, laisse tomber une quantité déterminée de cette eau, appelée cataracte, dans le cylindre, où on leur a ménagé une fuite convenable ; ce qui le fait monter et descendre dans un temps donné, et lui fait produire l'effet voulu. Ce flotteur à cataracte est une invention récente aussi simple qu'ingénieuse.
Nous venons de l'expliquer, comme nous avons pu le comprendre dans la courte description qui en a été faite sur les lieux, sans garantir ce que nous venons de dire.....

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Ci-dessous, quatres plans de cette machine à épuisement, dessinés d'après les plans de John Taylor.
Ces plans se trouvent dans le "portefeuille industriel" du musée du Conservatoire National des Arts et Métiers.


Juillet 1850 : La grève.

De nombreuses grèves ont eu lieu dans le bassin minier à la fin de l'année 1850.
Mais dès le 5 juillet, la mine du Rocher Bleu se faisait déja remarquer :

.... les ouvriers charbonniers des mines dites du Rocher bleu situé sur le territoire de la commune de Belcodène (…) se sont mis en grève...

En voici la raison :

..M. Grand, contre-maître de ces mines, trouvant qu'un de ces ateliers composé de 60 ouvriers ne lui rendait plus le charbon aussi beau que par le passé, il les avait prévenus que s'ils ne faisaient pas mieux il suspendrait le travail de cet atelier. Cela ayant été exécuté, les autres ouvriers des ateliers voisins au mines dirent à M. Grand, que s'il ne remettait en action cet atelier, ils cesseraient tous de travailler par nombre de 300. Sur la réponse faite par le contre-maître Grand, qu'il ferait comme bon lui semblerait, les travaux ont été immédiatement abandonnés, et chaque ouvrier s'est retiré chez lui, sans faire entendre la moindre plainte ni le moindre murmure...

Le maire de Belcodène nous renseigne pourtant plus précisément sur cette « rebellion des ouvriers mineurs du Rocher bleu, ou plutôt le différend qui s’est élevé entr’eux et l’agent directeur de la mine ». Voici de ce dont il témoigne au préfet de Suleau :

... Une compagnie ou escouade de vingt mineurs laissait constemment (sic) dans le charbon qu’elle extrayait une assez grande quantité de terre. M. l’agent directeur avait prescrit que cette (…) terre fut enlevée et n’ayant pas été obéi s’est [vu] dans la nécessité de renvoyer la compagnie récalcitrante pour une quinzaine de jours.
Les autres mineurs ont pris fait et cause pour la compagnie renvoyée et ont même refusé de travailler jusqu’à la réintégration dans la mine de la compagnie qui avait été renvoyée. Mais l’agent directeur ne s’est pas laissé intimidé et a maintenu sa décision. (...) Je puis affirmer en toute sincérité qu’il ne s’agissait pas de question politique et moins encore d’une augmentation de salaire.

(Archives départementales des B.-du-Rh. : 1 M 605 )


La fin de l'exploitation.

La mine semble avoir été abandonnée en 1861, puis remise en service en 1881, mais d'une façon très secondaire. Elle a été remblayée en 1962.


© Max Derouen