Belcodene : Encyclopédie communale : Henri de Gérin Ricard : Articles.


[ Revue des Etudes anciennes, 1912, Série 4, Année 34, Tome 14, page 75 ]


A PROPOS DES STÈLES DE TRETS

   Mon cher Directeur,

   Vous venez d'émettre un doute sur la comtemporanéité des stèles de Trets — que vous hésitez encore à éloigner des temps romains — et des silex et haches qui les accompagnaient parce que leurs ornements si fermes, si symétriques, ne vous font pas penser aux traits de Gavrinis et parce que, aussi, vous avez remarqué des analogies entre ces petits monuments et les stèles de l'espagne romaine¹. Or, je puis affirmer que j'ai recueilli, dans la même couche, à la Bastidonne (Trets) des billes dites des dolmens éclatées au feu, des haches polies, des burins et des tranchets en silex également éclatés au feu, des ossements humains incinérés, (certains, formant croûte, adhéraient encore à l'intérieur de fragments de vases en terre) des portions de stèles chevronnées. Silex et poteries appartiennent au même horizon que celui de la grotte à incinération du Baou de Onze heures (Trets), c'est à dire au début du bronze, ainsi que je l'ai dit dès 1899².
   On peut expliquer les traces de feu que présentent les stèles de Trets (ainsi que celles d'Orgon) en supposant que dans le petit cimetière de la Bastidonne (qui a 35 mètres sur 20 au plus) des incinérations successives ont été faites sur place alors que des stèles étaient déja fichées en terre, peut-être en cercle autout de l'emplacement réservé au bûcher, mais il ne serait pas impossible que ces pierres aient été placées sur le cadavre avec les haches, silex et billes reconnus calcinés. Pour le menu mobilier, le fait est courant pendant le bronze et peut-être même à la fin du néolithique. Cela expliquerait aussi l'état fragmentaire des stèles, toutes trouvées dans la terre mélangées aux sépultures. Peut-être n'émergeaient-elles pas du sol pour ne pas attirer l'attention et servaient-elles de couvercles aux marmites à ossements ? On a semblé vouloir cacher les sépultures à ces époques; c'est probablement la principale raison pour laquelle nous en connaissons si peu.    J'ajouterai que : 1° il n'y a rien de romain à la Bastidonne : 2° le rapprochement avec les gravures dolméniques de Gravinis, etc. que j'avais fait en 1899 et sur lequel je suis un peu revenu en 1910³,

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1. Revue des études anciennes 1911, pp. 496 et 452 et aussi 1906, p. 361 et 1910 pp. 59, 189 et 308.
2. Statistique préhistorique et protohistorique des Bouches du Rhône, etc. PP. 8 et 31. et aussi : les Antiquités de la vallée de l'Arc, Aix, 1907, pp. 67 et 69.
3. Mémoires de l'académie de Vaucluse, 1910 : "Les stèles énigmatiques, etc."

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visait plutôt le style général¹ que le détail et la technique ; la difficulté était plus grande pour graver sur le granit des dolmens que sur les pierres douces de Trets, et la différence est déjà grande, à cause du calcaire qui diffère, entre le tracé si net de ces dernières et celui de leurs congénères d'Orgon.
   Les stèles provençales du bronze I, apparentées aux statues-menhirs du Sud-Ouest et plus encore à celles de Ligurie² peuvent par conséquent voisiner comme âge et comme style avec les stèles ibériques préhistoriques et surtout avec un cylindre du Musée de Madrid³, mais à première vue, les analogies parraissant exister entre ce groupe et celui des stèles de l'Espagne romaine me semblent fortuites et ne porter que sur la présence de soleils ou d'astres sur les unes (stèles avec inscriptions et aussi statues du Cerro de los Santos) et de points ou de cercles irradiés sur les sculptures protohistoriques ; or, ici il ne peut s'agir d'astres, mais de la figuration, quelquefois dégénérée, d'yeux humains.

H. de GERIN-RICARD

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1. Notamment la forme écussonnée et bordée de chevrons.
2. Mazzini, Monumente celtici in val di Magra, 1908, et Statues-Menhirs di Lanigrana, 1910.
3. Luquet, Revue des Etudes Anciennes, 1911 p. 443 (fig. 39).



© Max Derouen