Belcodene : Encyclopédie communale : Henri de Gérin Ricard : Articles.


[ Revue des Etudes anciennes, 1912, Série 4, Année 50, Tome 30, page 215 ]


UN NOUVEAU FINES DE LA CITÉ D'AIX.

DÉCOUVERT PRÈS GARDANNE¹

    Borne rectangulaire, en calcaire de la région, en tout semblable aux autres fines connus dans les environs d'Aix ; elle est incomplète dans le bas, puisque cellesqui sont entières ont jusqu'à 1m60 de haut, tandis que celle-là mesure 0m62 de hauteur, 0,43 de largeur et 0,30 d'épaisseur. Ces deux dernières dimensions sont celles des autres

bornes. L'une des faces porte distinctement sur deux lignes FINE AQV (N et E sont liés) pour Fine(s) Aqu(ensium) en caractères profondémpent gravés de 14 centimètres à la première ligne et de 12 à la seconde. Sur la face opposée on lit sans hésitation, bien que les deux premières lettres aient un peu souffert : FINES / ARELA (A et E liés) Fines Arela(tensium) en caractères de 13 et 12 centimètres.

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1. Communication à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 22 avril 1927.

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   L'existence de cette borne m'avait été signalée dès 1919 par un voisin de campagne, qui, ayant vu chez moi des dessins des bornes de Belcodène, m'assura qu'il existait une inscription analogue à la bastide Deleuil à Peynier, lapsus impardonnable qui me fit chercher inutilement et à plusieurs reprises à Peynier (où existait deux habitations Deleuil) ce qui était à Gardanne. Mais sachant qu'il y avait aussi dans cettee dernière localité plusieurs bastides Deleuil (nom de famille répandu dans ce canton), l'idée me vint d'y aller voir et ma première tentative fut couronnée de succès. En effet, le 8 août 1925, en arrivant à la ferme Deleuil qui fait partie du hameau de Payannet, situé à 1.500 mètres au nord de Gardanne, et avant même d'avoir questionné les habitants, je trouvais le fines tant cherché servant de banc contre la façade sud de la ferme. Après avoir photographié et estampé ses deux inscriptions, je commençai une enquête sommaire, pourszuivie le 15 septembre ; elle m'apprit que le monument avait été trouvé couché dans la terre, tout près de l'habitation, vers 1855. D'autres part, un examen des lieux me révéla l'existence d'un puits antique à petite section, comme celui de Mime à Fuveau, et d'une source jaillissante dans un bassin auprès duquel sont alignés, sans emploi, de gros blocs de pierre taillés dont un de plus de 2 mètres de long, comme on n'en voit que dans les ruines gallo-romaines de la région. La propriété appartient à M. H. Raynaud, de Marseille, membre de la Société de Satatistique.... et d'Archéologie, à qui j'ai signalé l'intérêt du monument etqui s'est empressé de pourvoir à sa conservation, en en faisant généreusement don au Musée d'archéologie.
   A diverses époques, on a reconnu plusieurs monuments de ce type. Ces lapides finales, rares dans tout le monde romain, furent placées au Ier siècle par les ingénieurs de l'Empire, chargés de délimiter le territoire de la cité d'Aix, enclavé dans celui de la colonie d'Arles. Sur les 13 enregistrés², les 2 de Gémenos sont douteux et disparus, 6 autres ont également disparu, mais l'existence de la plupart semble certaine : ce sont ceux de la Grande Pugère, dont nous n'avons pas de raison sérieuse de suspecter la découverte³, de Peynier, de Saint-Antonin et les trois d'AIx signalés par Burle, Devoux et Solier.

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2. Corpus l. l..., t. XII, n° 331, 5775 et P. 65. A la bibliographie qui y figure, il faut ajouter les trois importantes études de C. Jullian (Inscriptions de l'Huveaune, 1886) ; Albanes (Gallia... Aix, préface, p. 3 à 9), M. Clerc (Aquae Sextiae, 1916, p. 165) et des mentions de moi (Monographie de Belcodène, 1900, p. 36), L. Constans (Les Bouches du Rhône, 1925, t. II. p. 63), etc..
3. Les membres de la Société de Statistique d'Aix, qui le signalèrent en 1817, avaient aussi découvert le fines des Figons, qui est parfaitement authentique : ce type de borne ne leur était donc pas inconnu. (Cf. Michel de Loqui, Mem. de l'Acad. d'Aix, 1840. t. IV, p. 325.)

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   Sur les 5 encore existants, 2 sont encore en place à Chateauneuf ou Négréoulx et Les Fignons, 2 (ceux de Belcodène) sont au musée de Marseille et 1 (celui du quartier Sextius, d'Aix) est au musée d'Aix (n° 104).
   La récente découverte du fines de Gardanne porte à 14 le nombre de ces bornes qui ont été signalées et à 6 celui de celles existantes.

Cette dernière borne appartient à la limite méridionale de la cité d'Aix, laquelle suit une direction S.-E.-N.O. de Belcodène aux Figons. Entre ces deux points, qu'on était tenté de relier par une seule ligne, on ne connaissait aucune borne intermédiaire. Nous avons maintenant celle de Gardanne. De plus, je ne crois pas inutile de signaler ici un texte médiéval, jamais utilisé dans la question. C'est un bornage de 1255 entre les seigneuries de Fuveau et de Gréasque qui fait passer la limite ad Fos d'Aurimia ubi est quidam terminus cetus4. Cette font d'Aurimie5 se trouvait sur le bord est de la route

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4. Archives des B.-du-R., archevèché d'Aix, reg. Thésaurus, f° 22, publié par Albanès, Gallia... Marseille, n° 280.
5. Fontaine d'Aurimie, appelée Fos d'Auremi sur un plan ancien (Archives des B.-du-R., Saint-Victor, liasse 86) et quartier d'Aurimie sur les cadastre de Gréasque. Une exploration minutieuse des lieux, malheureusement boulversés par les travaux des mines, qui ont fait disparaître la source, ne m'a rien donné. Si la borne, déjà vieille en 1255, ne désigne pas l'une des fines d'Aix, mais un terme postérieur, il est à remarques toutefois que Belcodène, La Font d'Aurimie et Payannet se trouvent sur une même ligne. De plus, une transaction de la même époque (1259) concernanr les limites du diocèse d'Aix et de Marseille, faisant probablement allusion au fines antique de Belcodène, dit : ... et castrum [Belcodenis] ipsum esse et fuisse antiquum limitem. (Cartulaire de Saint-Victor, n° 1130.)

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d'Aix à Toulon au dessous du puits Luillier de la Compagnie des Charbonnages.
   Une ligne droite tirée de Belcodène à Payannet-Gardanne passe exactement au quartier d'Aurimie. A Payannet, la limite changeant de direction, s'infléchissait vers le nord-ouest pour atteindreLes Figons, donnant ainsi par un angle obtus au territoire d'Aix plus d'étendue qu'on ne le supposait jusqu'à présent.
   La borne du Payannet, il est vrai, n'a pas été trouvée plantée, mais il n'y a aucune raison de supposer que cette pierre de plus de 200 kilos y a été apportée d'un point éloigné de la bastide Deleuil, dont le tènement est assez restreint. Quand à son authenticité, elle ne saurait faire doute pour moi qui ai vu les cinq autres bornes subsistantes ; mêmes dimensions, mêmes formes de caractères et de gravure, mêmes liaisons des N et des E.

H. de GERIN-RICARD



© Max Derouen