Belcodene : Encyclopédie communale : Henri de Gérin Ricard : Articles.


[ Revue des Etudes anciennes, 1902, Série 4, Année 24, Tome 4, page 235 ]


INSCRIPTIONS DE CABRIÈS.

(BOUCHES-DU-RHONE)

   En 1897, les ouvriers occupés à la démolition d'une maison pouvant avoir deux siècles d'existence, placée presque au pied de la pente sud du mamelon sur lequel le village féodal de Cabriès est construit¹, rencontrèrent dans les décombres deux morceaux de marbre blanc portant des caractères :

   Ces deux fragments, qui se racordent, et que l'on peut voir chez M. Auguste Durand, régisseur du château de la Malle, à qui l'on en doit la conservation, sont incomplets des quatre côtés et mesurent ensemble : hauteur, 19 centimètres ; longueur, 30 centimètres. Les caractères sont très beaux et du 1er siècle ; ils ont 7 centimètres à la première ligne et 6 centimètres à la seconde.
   La belle inscription monumentale votive à laquelle appartenaient ces deux débris était gravée sur une table de 7 centimètre d'épaisseur.
   1re ligne. — MO peut appartenir à [...i]MO soit Jovi Optimo Maximo, soit un qualificatif funéraire comme optiMO, carissiMO ou pientissiMO.

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1. Sur l'emplacement de cette ancienne maison qui se trouve en dehors de l'enceinte fortifiée de Cabriès et en contre-bas, on a construit en 1898 une assez coquette maisonnette voisine d'un calvaire.

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   2e ligne. — Le signe II, indice d'une dignité obtenue pour la deuxièmle fois, précède une lettre qui, bien qu'incomplète, ne peut être qu'un P (je ne crois pas qu'on puisse y voir un F ou un R) ¹ ; à la suite se lit NOV.
   La 3e ligne n'offre que la partie supérieure d'un E ou d'un F² précédé d'une ligne courbe appartenant probablementà un O.
   Assez communes dans les villes comme Nîmes, Arles, les inscriptions monumentales sur marbre de cette époque sont rares dans les campagnes des environ d'Aix, au point que c'est peut-être la première fois qu'on constate leur existence.
   Le village actuel de Cabriès n'a rien de romain³, mais les plaines qui l'entourent et la vallée fertile qui va de ce pays à l'Arc sont parsemées de substructions et de débris gallo-romains, et il est situé sur la route romaine d'Arles à Marseille, ce qui fait l'importance des découvertes qu'on peut y faire, — qu'on y fera avec un peu de constance.
   A 200 mètres au N.—O. du hameau des Patelles, où les fragments de vaisselle samienne et de poterie grise sont assez abondants4, une inscription funéraire sert de pierre d'angle à la margelle d'un puits avec noria.

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1. [ Je songeais cependant à ReNOV ou ReNOVatum plutôt qu'à Pr(ovincia)NOVa (???). — C.J. ]
2. [ Il m'a semblé lire, sur l'estampage, le haut d'un D plutôt qu'un E ou d'un F. Avant, je n'aperçois rien de bien net. — C.J. ]
3. On remarque aussi à ce quartier des murs enduits de béton. C'est parmi ces ruines qu'on aurait trouvé, il y a une dizaine d'années, un petit Faune en marbre blanc qui est malheureusement perdu.
4. L'établissement récent d'un réservoir à eau au sommet du village, dans la cour du château féodal, a permis de constater que le rocher n'est recouvert que par une couche de décombres de 70 centimètres, qui n'a pas fourni le moidre fragment de poterie romaine. En faisant ces constatations, nousavons relevé une petite inscription médiévale sur pierre blanche (0,25 X 0,35) qui est encastré sur une fenêtre, en face de la poterne du château :

[ Je crois plutôt qu'il faut lire d(edi)c(ato), et qu'il s'agit d'une de ces dédicaces ou journées d' anniversaires de fondation d'églises si fréquemment mentionnées par les inscriptions du XIe et du XIIe siècle. — C.J. ]

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   C'est une pierre, en calcaire de la localité, qui mesure :largeur, 38 centimètres ; hauteur, 45 centimètres ; épaisseur 25 centimètres. Le monument est complet, mais la face de l'inscription, gravée en caractères médiocres de 4 centimètres de hauteur, a été envahie par une végétation cryptogamique qui en rend la lecture très difficile :

   Peiresc (Bibl. nat., ms. lat. 8958, f° 71) avait noté dans cette localité, " ex agro castri de Cabriès", un cippe funéraire en marbre blanc à trois faces, dont une anépigraphe² :

   

H. de GERIN-RICARD

Marseille, juillet 1902.

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1. [ Chose étrange ! le surnom de Magna ne se trouve, en Narbonnaise, que sur le territoire d'Arles, Corpus , 599, 684. — C.J. ]
2. [ L'inscription est attribuée par Hirschfeld, XII, 182, et sans doute à tort, au prieus Cabris prope St. Vallier situs ". — C.J. ]
3. [ Il me paraît résulter de toutes les indications données par M. de Gérin-Ricars que Cabriès et son terriroire, situés presque à mi-chemin d'Aix et de Marseille, devaient être le centre d'une de ces peuplades ligures ou celto-ligures dont l'association forma la grande cité des Salyens. — Toute la ligne de Cabriès à Marseille est jalonnée de ruines ou d'indications anciennes : et, le plus près de Cabriès, c'est la célèbre dédicace des Pennes à la Mère des Dieux, signalée d'abord par Syméoni ( Les Illustres Observations, p. 16 ; Corpus, XII, 405), et vainement cherchée ces dernières années par Albanès, Par Laugier, par moi-même et par M. de Gérin-Ricard, inscription cependant que je ne puis croire perdue. Le joli travail à faire, pourvu qu'on s'abstienne des rèveries archéologiques de notre cher et combattif I. Gilles, si l'on veut explorer les vieilles routes de Marseille à Aix et à Arles, et les explorer à la fois sur place et dans les chartes. Que de fois Albanès et moi avons pensé à ce travail, et que d'utiles leçons m'ont laissées nos graves causeries sur ces chemins historiques, les plus vieux, les plus usés, les plus riches en souvenirs de la Gaule entière, et peut-être de tout l'Occident. — C.J. ]



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