Belcodene : Encyclopédie communale : Henri de Gérin Ricard : Articles.


[ Revue des Etudes anciennes, 1914, Série 4, Année 36, Tome 16, page 334 ]


INSCRIPTIONS RURALES DE LA COLONIE D'APT.

AU CHATEAU DE COLLONGUE (Vaucluse)

   Dans le parc de son château de Collongue¹, M. le Baron de Collongue² vient de placer deux inscriptions romaines qui étaient auparavant dans la salle verte du château de la Corrée, près Lourmarin. Il a bien voulu, avec son obligeance habituelle, me les signaler comme il m'avait signalé, déjà, il y a quelques années, une grande pierre romaine portant en très grosses lettres le mot ITER et qui se trouve aussi dans le parc de Collongue³. Je viens d'examiner ces deux inscriptions, dont la première est inédite, quant à l'autre, elle figure (n° 6034) au Corpus.

I


Marti Div...4, Lucius Octavius Div...

   Pierre de 0m30 de hauteur, 0m52 de largeur, 0m36 d'épaisseur, envahie en grande partie par de la mousse et des lichens, mais les caractères fort bien gravés (0m045 à la première ligne et 0m035b à la seconde) sont parfaitement lisibles.
   La fin de la deuxième et dernière ligne est incomplète par suite

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1. Commune de Cadenet, arrondissement d'Apt.
2. M. le baron d'Avon de Collongue, ministre plénipotentiaire, associé à la plupart des académies et sociétés savantes de Provence, est fort attaché à ce qui touche au passé de son pays. Le sauvetage des inscriptions faisant l'objet de cette note en est une nouvelle preuve.
3. Bull. archéologique, séance d'avril 1904 du Comité des travaux historiques.
4. Cf. Marti Divannoni de Saint-Pons, Corpus, XII, 4218.

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d'une écornure de la pierre, mais il n'y manque qu'une lettre ou deux tout au plus.
   Au sujet de ce cognomen, dont nous ne connaissons que les trois premières lettres DIV, j'ai songé à Divicatus ou à Diucius parce que ces surnoms ont été rencontrés le premier à Vienne deux fois¹, le second à Saint-Saturnin-d'Apt², c'est à dire non loin du lieu de provenance de cette portion d'autel votif ou de cette base de statue à Mars. Le monument aurait été trouvé, il y a un certain nombre d'années dans la terre de Corrée à Lourmarin.
   Cette dernière commune a déja fourni trois épitaphes romaines3 et un autel à une déesse topique CANACIA4.

II

   Petit autel votif en pierre blanche avec moulures en haut et en bas, ornée sur le dessus de dessus de deux volutes sculptées et d'un cercle en relief de 0m10 environ de diamètre formant patère pour les offrandes. Ce cercle n'est pas centré d'un bouton comme cela existe fréquemment sur ces monuments ; son état de conservation est excellent ; ses dimensions sont : hauteur 0m43, largeur 0m19, épaisseur 0m15.
   L'inscription, qui se lit sans aucune hésitation, est en caractères un peu irréguliers et tracés cependant avec l'aide d'un réglage encore très apparent ; le cas est fréquent en Provence. La hauteur des lettres est de 0m03 aux deux premières lignes, 0m025 à la troisième et 0m04 à la dernière.

 DEO    sur le bandeau supérieur
A BIA
 NIO
VVII    sur la base.

Deo Abianio VVII.

   Ce dieu Abianius n'a été rencontré que cette fois ; il entre dans le groupe déjà très nombreux des divinités indigètes de cette région aflublées de noms latinisés. Abian était peut-être le nom préromain du collet où a été trouvé ce petit monument, lequel proviendrait de Roussillon, près Gordes, où il séjourna longtemps avant d'être transporté à la Corrée chez feu M. Philippe d'Avon de Sainte-Colombe.

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1. Corpus, XII, 5686 (310 et 311)
2. Espérandieu, Catalog. du Musée Calvet, n° 83 (autel à Silvain) = Corpus, XII, 1098.
3. Corpus, XII, 1124, 1125, 1132.
4. Corpus, 1096

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Le Corpus l'a enregistré (n° 6034) dans les addimenta de son tome XII, et Allmer¹ l'a cité d'après une note de Garcin².
   A la dernière ligne, faut-il lire Vivixi ou Vivii, signifiant quelque chose comme vivant, existant, vigoureux, fort, puissant, etc., qualificatif s'appliquant au dieu Abian, ou bien sommes-nous là en présence du nom abrégé du dévot, c'est à dire du dédicant de l'autel ? Il est difficile de prononcer. Je ne crois pas qu'on puisse voir dans ces quatre lettres une formule dédicative abrégée comme le classique V(olum) s(olvit) l(ibens) m(erito), et cela parceque ce serait la première fois qu'elle apparaîtrait dans l'épigraphie locale, et je n'y vois pas, comme les auteurs du Corpus, une déformation de ladite formule V. S. L. M.

H. de GERIN-RICARD

Marseille, 5 mars 1914.

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1. Revue épigraphique, II, n° 686. Holder, I, col. 7. rapproche ce dieu du deus Abinias de Cimiez (Corpus, V, 7865)..
2. Roussillon, commune à trois lieus d'Apt, fertile surtout en blé (ceci dit pour Abian qui comme Silvain, devait être un dispensateur de récoltes), qui a fourni trois autres inscriptions romaines : un autel à Silvain et deux épitaphes, l'une d'un patron assassiné par son affranchi, et l'autre concernant un certain Salyrius (Corpus, XII, 1103, 11128, 1142).
Toutes ces inscriptions ont été trouvées dans le champ du sieur Guérin en 1856.



© Max Derouen