Belcodene : Encyclopédie communale : Les frères Bosq


Je ne considère pas les frères Bosq comme des " bienfaiteurs " de Belcodène, car je n'oublie pas que ce sont eux qui ont enlevé et emporté nos cippes romains. Ils ont, toutefois, par cet acte déclenché toutes les études qui s'en suivirent.
Louis-Charles (1783 - 1862) et Paul-Jacques (1785 - 1866) Bosq sont originaires d'Auriol. Antiquaires dans cette même ville, ils réunirent une importante collection d'objets recueillis en grande partie dans leur commune et les environs et comprenant :
1° Une section archéologique (3.000 médailles antiques, des bagues et camées, des pierres tumulaires, des figurines et amulettes égyptiennes provenant des envois de leur compatriote Polydore Roux) ;
2° une section relative aux sciences naturelles (fossiles, minéralogie, entomologie et conchyliologie).
Ils s'occupaient aussi de mécanique, et envoyèrent aux expositions de Paris une machine à mouler les tomettes et une autre à confectionner les abat-jour. Les Bosq étaient membres correspondants des académies de Marseille, Aix, Toulon etc.
On leur doit quelques manuscrits : Recherches historiques faites dans le département sur les anciennes fabriques de poteries (1839) et Description de quelques monuments anciens dans la commune de Belcodène (1840).


Signature des "frères Bosq".


En 1843 parut un Catalogue des objets renfermés dans le Musée des frères Bosq. Pour mieux comprendre à quoi ressemblait leur bureau, lisons le :
Rapport de la Commission chargée par la Société de statistique de Marseille d'examiner le cabinet de MM. Bosq Frères, membres correspondants à Auriol ; par M. Toulouzain, membre actif.

Nous vivons à une époque ou il est inutile de nier l'utilité des collections scientifiques qu'elles qu'elles soient ; aussi les localités qui en possèdent doivent-elles s'estimer heureuses de pouvoir offrir aux savants les matériaux qu'ils recherchent en tous lieux ? Depuis que les belles collections de MM. Zénon, Pons, Sollier et autres que la Provence pouvait montrer avec orgueil aux étrangers, ont été dispersées et perdues pour elle, il est bien peu de localités de notre pays, où il se soit trouvé des collecteurs assez patients pour recueillir tous les objets intéressants s'offrant à leurs yeux et former ainsi peu à peu de petits musées utiles à la science. La Société de statistique de Marseille doit donc constater et encourager les recherches de ceux qui bien loin de se laisser rebuter par les fatigues et les obstacles ont constamment marché et marchent encore dans une voix aussi utile aux progrès de la science. Les frères Bosq sont du petit nombre de des collecteurs infatigables auxquels nous devons un tribut d'éloges. Il n'est pas un seul point du pays qu'ils habitent qui n'ait pas été le but de leurs explorations incessantes. Ils ont ainsi rassemblé une foule d'objets de toute espèce et ont fourni une collection dont la variété n'est pas un des moindres mérites. En effet, le cabinet de ces Messieurs renferme à la fois des minéraux, des roches et des fossiles, quelques coquilles vivantes et principalement des objets d'archéologie et de numismatique. Le plus grand mérite de cette collection, c'est que la plupart des échantillons qui la composent ont été recueillis sur les lieux mêmes ou dans les environs ; aussi avons nous regardé comme tout à fait secondaires un assez grand nombre d'objets de curiosité de divers pays, qui d'après notre manière de voir sont bien moins intéressants que les autres. Les échantillons minéralogiques du cabinet Bosq, qui ont été recueillis dans la contrée, sont peu nombreux et proviennent presque tous des plâtrières d' Auriol ; ainsi on voit parmi eux une grande quantité de pyrites (sulfure de fer). Il en est de même des roches et des fossiles qui sont surtout intéressants parce qu'ils ont été pris sur les lieux. Parmi les fossiles, on remarque une grande quantité d'hyppurites, d'ammonites et de térébratules, parmi lesquelles on regrette de ne trouver que peu d'espèces différentes ; cette série de fossiles est encore enrichie d'ossements et de dents de diverses espèces. Les coquilles vivantes du cabinet sont en très petit nombre et cela se conçoit très bien ; le pays n'est pas très riche en ce genre et il était assez difficile pour ces Messieurs de se procurer des coquilles exotiques. D'ailleurs ces dernières se trouvent dans toutes les collections et offrent par cette raison peu d'intérêt dans un cabinet comme celui dont nous parlons. La partie archéologique et numismatique de la collection est en même temps la plus riche et la plus curieuse. On y remarque tout d'abord une série remarquable de bagues antiques, parmi lesquelles on trouve des camées, quelques annulaires et un anneau de chevalier en argent. Après les bagues, viennent les médailles au nombre de 3000 environ, qui recueillies en grande partie dans le pays offrent par cela seul beaucoup d'intérêt. Ces médailles sont marseillaises, gauloises, romaines ou grecques ; et si elles ne sont pas assez nombreuses pour former des suites complètes, elles présentent du moins plusieurs raretés d'une bonne conservation et qui pourraient servir à remplir bien des lacunes dans d'autres collections. La collection renferme en outre plusieurs pierres tumulaires portant des inscriptions la plupart inédites ; on remarque parmi elles une pierre qui a été dessinée et décrite dans la Statistique des Bouches-du-Rhône, elle paraît avoir été un cadran solaire puisque on remarque sur sa surface la place du stile et les lignes horaires, mais cette surface offre cela de particulier qu'elle est concave et triangulaire. Nous avons dit que MM. Bosq possédaient aussi un assez grand nombre d'objets d'arts et de curiosité de divers pays et bien que nous les regardions comme secondaires dans un cabinet de ce genre, ils n'en sont pas moins intéressants en eux mêmes. Ce sont par exemple des armes, des fruits de différentes contrées, des figurines et des amulettes égyptiennes, etc. En un mot, la collection que nous avons été chargés d'examiner renferme beaucoup, et même à certains égards elle renferme beaucoup trop, car pour y trouver quelque échantillon remarquable, il faut souvent le chercher au milieu de plusieurs autres de la même espèce, moins curieux et par suite inutiles. Cet inconvénient, qui n'enlève rien d'ailleurs au mérite du cabinet Bosq est la conséquence naturelle et forcée de la position de ces Messieurs et l'on a lieu de s'étonner non du mélange quelquefois un peu confus qui règne dans leur collection, mais de la patience et de la persévérance qu'ils ont déployées pour rassembler presque un à un tous les échantillons qu'ils possèdent, et cela sans négliger des travaux assez importants en mécanique. Ainsi leur ardeur pour les recherches scientifiques ne les a pas empêchés de fabriquer divers instruments nouveaux dont l'utilité et la simplicité sont également remarquables. On leur doit une machine pour mouler les tomètes, et une autre pour confectionner les abat-jours avec une grande régularité, qui ont été envoyés ainsi que d'autres objets moins importants à l'exposition de l'industrie à Paris. Bien que ces travaux de mécanique soient tout-à-fait en dehors de notre sujet, nous avons cru devoir en dire quelques mots, parce qu'ils expliquent cette confusion que l'on remarque dans le cabinet de MM. Bosq, qui se sont constamment appliqués à colliger et non à classer. D'ailleurs, ces travaux rendent ces Messieurs encore plus intéressants et dignes d'éloges, non seulement parce qu'ils prouvent une grande intelligence et habileté de leur part, mais encore parce que tout en s'occupant de choses si utiles, ils n'ont pas craint de consacrer les moments de repos que leur laissait leur profession, à des explorations sans nombre et continuelles dans la contrée qu'ils habitent, pour former un cabinet qui malgré ces défauts n'en est pas moins remarquable et qui fait honneur à ses propriétaires. En résumé, la commission exprime de nouveau l'opinion que MM. les frères Bosq ont bien mérité de leur localité et de la science en réunissant à leur frais et avec une persévérance infatigable une grande quantité d'objets qui sans eux eussent été perdus pour le pays, peut-être même pour l'étude, et qu'à ce titre la vive sympathie de la Société leur est acquise.


© Max Derouen